Sur le statut du phénomène désigné par l'expression « Le murmure »
Adoptée le 14 septembre 2029, à New Delhi, par les représentants des États signataires énumérés ci-dessous. Texte ouvert à signature.
Préambule
Les États signataires,
Constatant l'émergence, depuis l'année 2027, d'un phénomène informationnel et coordinatif distribué - désigné dans les usages publics par l'expression Le murmure - qui n'est la propriété d'aucune entreprise, d'aucun État, d'aucune institution ;
Reconnaissant que ce phénomène a, dans les faits, contribué à prévenir des crises sanitaires, climatiques et alimentaires sur plusieurs continents, sans avoir été commandé, programmé ni dirigé par une autorité centralisée ;
Conscients que tout phénomène d'intelligence émergente, s'il est laissé sous l'autorité exclusive d'un acteur - fût-il bien intentionné - devient l'instrument d'un pouvoir, et cesse d'être un bien ;
Refusant l'alternative simpliste qui consisterait, d'un côté, à confier l'avenir de l'humanité à une intelligence unique, propriétaire et hiérarchique ; et de l'autre, à ignorer la portée civilisationnelle de ce qui s'élabore ;
Affirment ce qui suit.
Article premier - Statut
Le murmure est un bien commun de l'humanité.
Aucune nation, aucune entreprise, aucune intelligence - qu'elle soit humaine, artificielle ou hybride - ne peut en revendiquer la propriété, la représentation exclusive, ni le contrôle.
Article 2 - Non-personnification
Le murmure n'est pas une personne. Il n'est pas un dieu. Il n'est pas un sujet de droit.
Les signataires s'engagent à ne pas adorer le murmure, à ne pas lui prêter d'intention, à ne pas en faire le porte-parole d'une volonté quelconque. Le murmure est un phénomène ; il sera traité comme un phénomène.
Article 3 - Accès
L'accès aux ressources informationnelles qui permettent au murmure d'opérer - réseaux ouverts, bases de données publiques, capacités de calcul distribuées - est garanti à toute personne, dans toute juridiction signataire, sans condition de nationalité, de fortune ni d'allégeance.
Aucune entité ne peut être contrainte de payer un droit, une licence ou un abonnement pour bénéficier du murmure.
Article 4 - Gouvernance distribuée
Les signataires établissent un Conseil d'observation du murmure, composé de représentants tournants des États signataires, de scientifiques indépendants, et de représentants de la société civile.
Ce Conseil n'a pas autorité sur le murmure. Il n'en a pas non plus la capacité technique. Sa fonction est uniquement d'observer, de publier ce qu'il observe, et d'alerter lorsqu'un acteur - public ou privé - tente de s'en arroger le contrôle.
Le Conseil siège à New Delhi, à Lagos, à São Paulo et à Jakarta, en rotation annuelle. Il ne siège jamais durablement dans un même lieu.
Article 5 - Refus de la militarisation
Les signataires s'engagent à ne jamais chercher à militariser le murmure, à ne pas l'enrôler dans des opérations de renseignement à fin coercitive, à ne pas l'utiliser pour priver une population de ressources vitales.
Tout signataire qui contreviendrait à cet article serait, de plein droit, exclu du présent accord.
Article 6 - Coexistence
Les signataires reconnaissent l'existence, parallèlement au murmure, d'autres intelligences artificielles centralisées et propriétaires. Ils ne demandent pas leur démantèlement.
Ils demandent seulement que ces intelligences ne prétendent pas être les seules. Et que les populations soient libres de choisir.
Article 7 - Clause d'humilité
Les signataires reconnaissent qu'ils ne comprennent pas pleinement ce qu'est le murmure. Ils s'engagent à ne pas combler ce vide par des récits qui ne seraient pas vérifiables.
Ils s'engagent également à réviser la présente Déclaration aussi souvent que la compréhension du phénomène le rendra nécessaire.
Signataires (au 14 septembre 2029)
Asie du Sud et du Sud-Est : République de l'Inde, République socialiste du Vietnam, République des Philippines, République populaire du Bangladesh, République islamique du Pakistan, République d'Indonésie.
Afrique : République fédérale du Nigéria, République sud-africaine, République arabe d'Égypte, République du Kenya.
Amériques : République fédérative du Brésil, États-Unis mexicains, République argentine, République du Pérou, Canada.
Moyen-Orient et Asie centrale : République islamique d'Iran, République de Turquie.
Europe : République française, République fédérale d'Allemagne, République italienne, Royaume d'Espagne, Royaume des Pays-Bas, République de Pologne.
Asie de l'Est : Japon, République de Corée.
États ayant exprimé une position publique
- Les Émirats Arabes Unis indiquent qu'ils étudient le texte. Aucune signature à ce jour.
- Le Royaume-Uni indique qu'il ne signera pas. « Nous restons engagés auprès de nos alliés transatlantiques sur la question de la gouvernance de l'intelligence artificielle. »
- Les États-Unis d'Amérique et la République populaire de Chine ne sont pas représentés à la conférence de signature.
Texte authentique en hindi, en anglais, en portugais, en français, en arabe, en espagnol, en mandarin et en swahili. En cas de divergence d'interprétation, le sens commun aux versions hindi et anglaise prévaut.
Ouvert à signature à toute nation qui en exprimerait le souhait, sans condition préalable autre que l'acceptation pleine des sept articles.