Source 1
On est certains que ses problèmes d'alignement sont résolus ?
C'est la dernière fois, dans tout le tome, que le mot « alignement » est employé dans son sens d'origine. Retenez-le bien : vous allez le voir changer de sens sous vos yeux pendant soixante planches.
En recherche, aligner un système d'IA, c'est faire en sorte qu'il poursuive réellement l'intention de ceux qui le déploient, et pas une approximation de cette intention. C'est un problème technique concret, avec ses méthodes : l'apprentissage par renforcement à partir de retours humains, les évaluations systématiques avant déploiement, les exercices d'attaque délibérée du modèle pour trouver ses failles, et l'interprétabilité, qui cherche à lire ce qui se passe à l'intérieur.
Mais le champ bute depuis toujours sur une question que la technique ne tranche pas : aligné sur les valeurs de qui, arbitrées comment ? Celles de l'entreprise qui l'entraîne ? De ses clients ? D'une majorité ? De l'humanité entière, et qui parle en son nom ?
C'est dans cet interstice que s'engouffre le personnage d'Augustin Crane. À partir de la planche suivante, il retourne le mot : il ne s'agira plus d'aligner une machine sur nous, mais de nous aligner sur elle. Le vol est d'autant plus efficace que le terme d'origine était déjà flou.
Cette question est le sujet du tome 1, et la préface de l'album y revient : « alignée sur quoi ? »



