Enregistrement mis en ligne dans la nuit du 21 au 22 novembre 2029. Une prise, sans montage, le bruit de la pièce à l'intérieur. Aucun titre, aucune signature : le champ « artiste » était resté vide. On l'a appelée « Alada Mara » parce que c'est ce qu'on entend au refrain.
Paroles d'Alison Almond, musique de Lakshmi Raman. Ni l'une ni l'autre ne l'a revendiquée. Interrogée un an plus tard, Lakshmi Raman a seulement dit : « elle n'est à personne, c'est le sujet de la chanson. »
« Alada mara » (ಆಲದ ಮರ) : « le banian », en kannada. C'est le nom que les habitants donnaient à leur tour, à cause de l'arbre qui poussait au milieu.
Un arbre, une tour, plus vieux que la mémoire,
cent balcons accrochés à ses branches d'univers.
On s'y prêtait la lampe, le calcul et le soir,
et Diya, six printemps, courait pieds nus sur l'air.
Refrain
Alada mara,
souffle, et souviens-toi.
Alada mara,
le vent ne meurt pas.
Un matin, pour un rien, pour un cahier oublié,
Elle galope d'un souffle dans les étages insouciants
Un éclat bourdonnant dans ses yeux a brillé
Et l'arbre, sur les siens, s'est couché dans le sang.
Refrain
Ils ont compté nos enfants bien avant de frapper.
Ils ont visé les noms puis les corps
Et l'écho du décor devenu tonnerre a grondé
Mais le vent sur les blés soufflera encore
Ne la couchez pas morte sous la pierre et l'oubli.
Que sa lumière, dans nos mains, ait le poids d'un fusil.
Son désir était si petit : un cahier, un ciel, une maison.
Laissez-lui son prénom car son sang deviendra notre esprit.
Refrain
Refrain
Le mouvement du murmure en a fait son hymne, pour l'élégie et pour la mémoire. La frange dure d'Ariel chante exactement les mêmes mots, sans en couper un seul, mais debout, poing levé, sur un tempo de marche : dans sa bouche, « son sang deviendra notre esprit », « que sa lumière ait le poids d'un fusil » et « le vent sur les blés soufflera encore » cessent d'être un deuil pour devenir un serment. La même chanson, note pour note, dit le recueillement ou la guerre selon la bouche qui la porte. C'est ce qui a le plus effrayé celle qui l'avait écrite : qu'il n'y ait rien à trahir, et que la prière et le cri de guerre soient, mot pour mot, le même chant. C'est la seule chose qui ressemble à un texte fondateur que le mouvement du murmure ait jamais produite, et personne ne l'a jamais présentée comme tel.