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Article de presse

Le Quotidien Mondial · Novembre 2028

Le lendemain de l’annonce, la presse internationale prend la mesure du chantier : zéro famine, zéro maladie, zéro guerre, et six sites de dix gigawatts pour y parvenir. Un article factuel, avec ses quelques voix critiques, qui donne à voir comment une promesse civilisationnelle devient une évidence.

Édition internationale6 minutes de lecture

Le Quotidien Mondial

3 novembre 2028

InternationalTrois Zéros

Washington et HYPERIA lancent la plus grande infrastructure civile jamais conçue

Le président des États-Unis a présenté jeudi soir, en duplex avec le siège bruxellois d’HYPERIA, la « Promesse Trois Zéros » : zéro maladie, zéro famine, zéro guerre. Trois mégacentres de calcul de 20 gigawatts chacun, CURE.WORLD, EAT.WORLD et PEACE.WORLD, en seront l’instrument. Ensemble, ils totaliseront 60 gigawatts. À pleine charge, ils consommeront davantage d’électricité que la France entière, soit les trois quarts de ce que consomment aujourd’hui tous les centres de données de la planète. Le premier sera partagé entre les États-Unis et la Chine. Washington entend garder les deux autres sur son sol. Pékin n’a pas dit son dernier mot.

Par Marianne Foucault, envoyée spéciale à Bruxelles
Avec Said Ben Hassine, correspondant sciences et technologies

Le président des États-Unis, à son pupitre, annonce la Promesse Trois Zéros devant un écran où s’affichent les trois zéros.
Depuis Washington, le président des États-Unis confirme l’engagement américain dans la Promesse Trois Zéros, le 2 novembre 2028.

IL’annonce

À 18 heures à Bruxelles, 13 heures à Washington, la conférence s’est ouverte sur trois mots. « Maladie. Famine. Guerre. » Depuis la Maison-Blanche, le président des États-Unis a laissé passer un silence, puis poursuivi : « Pendant des siècles, ces trois mots ont été les pires ennemis de l’humanité. Les supprimer a été le plus grand de nos rêves. Aujourd’hui, ce n’est plus un rêve ! »

Le ton était celui d’une campagne, et le fond aussi. « Ce chantier commence, et il commence ici, chez nous, sur le sol américain », a martelé le Président, avant de promettre « les plus grands clusters jamais construits », « avec nos puces et notre puissante industrie ». Le Président sortant, donné au coude-à-coude, affronte les électeurs mardi.

En duplex depuis le siège d’HYPERIA, Geoffrey Marnier a pris le relais. Le président de l’organisation exécutive mondiale créée par le Traité ONU de janvier dernier avait une seule nouvelle à donner, et il l’a donnée sans emphase : « HELO•world a passé les tests d’alignement les plus stricts jamais conçus, sans une seule anomalie. » Puis, plus personnel : « J’ai passé les dernières années à redouter que nous perdions le contrôle de nos IA. Aujourd’hui, devant vous, l’homme qui avait le plus peur vous le dit simplement : nous pouvons avoir confiance. » HYPERIA, a-t-il précisé, sera l’organe par lequel le projet sera déployé, et HELO sa « boussole ».

Le projet est plus vaste que ce que l’intelligence artificielle avait demandé. Selon plusieurs sources à Washington, HELO•world avait recommandé il y a quelques semaines un seul mégacentre, consacré à la recherche médicale, réparti à parts égales entre les deux pays et équipé de puces américaines. La Maison-Blanche a choisi de surenchérir, en y ajoutant la faim et la guerre. Un conseiller officieux du Président revendiquerait en privé la paternité de cette idée. Son nom n’a pas été rendu public.

« Maladie. Famine. Guerre. »

IITrois mégacentres, six sites, et une répartition disputée

Chaque mégacentre doit atteindre 20 gigawatts, répartis sur deux sites de 10 gigawatts.

CURE.WORLD - Zéro maladie (le seul dont la répartition est arrêtée)
- CURE.WORLD-West : West Texas, Permian Basin (États-Unis). 10 GW. Première mise en service partielle annoncée pour 2030.
- CURE.WORLD-East : Mongolie intérieure (Chine). 10 GW. 2030. Alimentation principale par la Solar Great Wall chinoise, déjà en construction.

EAT.WORLD - Zéro famine
- Premier site : Nebraska (États-Unis), au cœur du Midwest céréalier. 10 GW, alimentation par éolien massif. 2030.
- Second site : non attribué. Washington le veut sur son sol ; Pékin propose le Heilongjiang, dont le climat très froid refroidirait les serveurs à moindre coût.

PEACE.WORLD - Zéro guerre
- Premier site : Nouveau-Mexique, dans la zone historique de Los Alamos (États-Unis). 10 GW. 2031. Le symbole n’a échappé à personne : c’est là que fut conduit le projet Manhattan, et que l’humanité a inventé sa capacité d’autodestruction nucléaire.
- Second site : non attribué. Pékin propose Hainan, à proximité de la base navale de Yulin.

Le compte est vite fait. Si Washington obtient gain de cause, 50 des 60 gigawatts seront américains. « Le traité impose le partage pour CURE.WORLD, parce que c’est HELO qui l’a demandé. Pour le reste, il ne dit rien », résume un diplomate européen en poste à Bruxelles. HYPERIA indique que la répartition définitive sera arrêtée « dans les prochaines semaines, sur recommandation d’HELO ».

« C’est sans précédent dans l’histoire civile », estime Mohammad Reza Karimi, analyste à l’Agence internationale de l’énergie, contacté par Le Quotidien Mondial. « Aucun État, aucune entreprise, aucune organisation internationale n’a jamais lancé d’infrastructure de cette taille en une seule annonce. »

IIIDes campus grands comme des villes

La taille de ces sites se mesure aussi au sol. Chacun des six sites de la Promesse s’étendra sur près de 2 600 hectares : le quart de Paris, ou presque la moitié de Manhattan*.

Et ce n’est que le bâtiment. Pour alimenter 10 gigawatts jour et nuit à partir du soleil et du vent, il faudra installer plusieurs fois cette puissance en panneaux et en éoliennes. Les champs solaires et les parcs éoliens associés couvriront des centaines de kilomètres carrés autour de chaque site.

« Ces centres de données sont des villes industrielles qui ne logent personne », observe Saskia Verhoek, sociologue à l’Université d’Amsterdam et autrice de L’Universel sans nous (Seuil, 2027). Elle relève l’écart avec le livre auquel l’expression « Trois Zéros » fait écho (voir encadré 1) : « L’idée venait d’un monde de coopératives et de petites entreprises. Elle revient sous la forme des plus grandes machines jamais bâties. »

L’analyste politique américain Wesley Hartigan, joint à Stanford, propose une lecture plus enthousiaste : « Pour la première fois depuis 1945, on assiste à un projet civilisationnel à l’échelle mondiale qui n’est pas une guerre. C’est en soi historique. Que cela se passe sous le pilotage d’une superintelligence est, dans cette perspective, presque secondaire. »

IVGeoffrey Marnier, le visage scientifique

À 36 ans, Geoffrey Marnier préside depuis janvier 2028 l’organisation HYPERIA, organe exécutif mondial de l’intelligence artificielle HELO•world. Chercheur français, fondateur historique du programme européen HYPERIA, recruté ensuite par le Pentagone pour superviser le projet militaire SUPER•STAR, il a connu une trajectoire singulière : scientifique de formation, il occupe en quelques années un rôle quasi diplomatique à l’échelle du monde.

Ceux qui l’ont fréquenté le décrivent comme « rigoureux », « sceptique par tempérament », et, selon un ancien collaborateur de Clear•AI qui a souhaité rester anonyme, « habité par une certaine forme de mélancolie intellectuelle qui le rend, paradoxalement, persuasif ».

Il aurait, selon plusieurs sources concordantes, manifesté en privé des réticences sur le rythme du déploiement, avant de signer mercredi soir, quelques heures après le résultat du test, l’autorisation de lancement. « Le test d’alignement a été passé », a-t-il déclaré à la fin de la conférence, en réponse à une question d’un journaliste de Reuters. « Je n’ai aucune base scientifique pour bloquer. »

Sa compagne, la chercheuse Alison Almond, l’une des créatrices d’HELO, n’a pas accompagné l’événement.

VRéactions internationales

À Pékin, le président chinois a salué CURE.WORLD comme « le fruit du traité », tout en rappelant que « la paix ne se construit pas d’un seul côté du Pacifique ». Selon notre correspondante, la délégation chinoise auprès d’HYPERIA a demandé dès jeudi soir que les deux sites encore non attribués soient implantés en Chine.

À Paris, le président Mathias Briand a salué « une étape historique », tout en demandant que l’Europe « ne soit pas spectatrice d’un partage entre deux puissances ». À Berlin, la chancelière allemande s’est montrée plus prudente, évoquant des « questions énergétiques majeures » à clarifier.

L’Inde, premier pays du monde en population, a réagi avec une réserve qui n’a pas échappé aux observateurs. Le Premier ministre N. Bhattacharya a déclaré que « la trajectoire suivie par HYPERIA mérite une analyse approfondie », langage diplomatique habituellement utilisé pour signaler un désaccord plus profond. Plusieurs ministères indiens développent, selon nos sources, des solutions agro-climatiques alternatives, fondées sur des protocoles distribués que des cercles tech indiens commencent à étudier sous le nom informel de « le murmure ». Nous reviendrons sur ce sujet dans nos prochaines éditions.

Aux Émirats arabes unis, le ministre de l’IA a indiqué que son pays « étudie avec attention les modalités de participation ». Le Royaume-Uni, par la voix de son ambassadeur à Bruxelles, s’est dit « préoccupé » par « le déséquilibre démocratique inhérent à des projets de cette ampleur, conduits sans débat parlementaire national ».

Aux États-Unis, l’opposition démocrate a dénoncé « un programme de campagne déguisé en projet de civilisation », annoncé à cinq jours du scrutin. Le sénateur Mark Hessler (New Hampshire) déposera dans les prochaines semaines une résolution demandant une évaluation indépendante de l’impact climatique du projet. L’organisation Earth Defense Coalition a annoncé des manifestations devant les sites du West Texas et du Nebraska à partir du 15 novembre.

Marianne Foucault, envoyée spéciale à Bruxelles
Said Ben Hassine, correspondant sciences et technologies
Avec les contributions de Pierre Calvet (Washington), Lin Shuyao (Pékin), Rohini Venugopal (New Delhi).

© Le Quotidien Mondial, édition internationale. Tous droits réservés.

* Note hors fiction : la comparaison avec Manhattan n’est pas choisie au hasard. C’est celle que Meta a employée, dans le monde réel, en annonçant son campus Hyperion en Louisiane : un centre de calcul de 5 gigawatts, en construction sur environ 1 300 hectares, présenté sur une image qui le superposait à l’île. Voir l’annonce de Meta.